Alors ce Luc, quelle tête peut-il bien avoir...
La nuit a été reposante. Ce matin le ciel garde encore les traces d'une nuit arrosée. C'est la grisaille.
Je suis un peu marqué par la journée précédente et je prends mon temps pour décoller. Mon rendez-vous n'est plus qu'à 27 Km et d'après la carte, ce n'est que de la descente et du plat.
Je franchis le col qui m'ouvre la piste dans la vallée d'HARKORIN. C'est superbe, une immense cuvette de 30 kilomètres de long, dans le lointain la ville brille sous un rayon de soleil qui a percé la croûte nuageuse. Je me lance dans la descente de 10 kilomètres, la piste est plutôt bonne, mais attention aux pièges des ornières. J'arrive dans la plaine et des chiens me prennent pour gibier, je leur cours après en balançant des cailloux, je commence à en avoir raz le bol de ces clébards, au passage j'arrose copieusement le propriétaire, qui ne bouge pas, de tout le répertoire d'injures que je connais.
La ville n'est plus qu'à quelques kilomètres, dans le fond de la vallée la piste est moyenne, cailloux, cailloux et cailloux.
A droite j'aperçois les camps de GHER pour touristes fortunés.
La ville ne m'inspire pas, concentration de maisons, chiens errants, déchets. Beaucoup d'usines en ruine de plus la population semble moins accueillante et plus distante, plus intéressé sans doute. Le tourisme est bien plus présent dans le coin grâce au temple.
Je tourne un peu dans le bled et fini par m'offrir un soda à l’ombre d’un arbre.
Je me dirige doucement vers le fameux temple.
Fidèle à toutes les photos, c'est une grande muraille blanche ornée de petites tours en forme de temple, je m'approche de la porte d'entrée, et pose le vélo au pied de la muraille, à peine le cul dans l'herbe que déjà des gamins veulent me vendre des babioles ou des sodas, et oui c'est comme ça les sites touristiques, il est tôt et les quémandeurs sont là à attendre le gogo.
Le soleil a fini par s'imposer et je profite de ce moment pour tenter de croquer le paysage sur mon carnet.
Je reste une heure à me chauffer la couenne assis dans l'herbe. Les premiers touristes arrivent, mais étrangement ce sont des mongoles pour la plupart.
Finalement je retourne en ville à la recherche d'un lieu pour dormir mais trouver un "Guest" dans ce capharnaüm relève de l'exploit, finalement je me rabats sur le premier que je trouve. C'est une maison basse et bleu, un couloir dessert 6 portes, chacune ouvre sur une chambre de deux lits. J'ai l'embarra du choix. Je suis le seul.
Je peux rentrer le vélo dans la chambre. Les sanitaires sont réduits au plus simple. Un trou, une cabane, des planches...
Peu importe je ne suis pas venu ici pour jouer aux précieux .J'aimerais bien trouver des français pour pouvoir expédier mon premier disque de photos vers la France et mes petits "coco".
Je m'installe dans la chambre. Je fais une petite lessive dans la cour à l'ombre des arbres pendant qu'une gamine d'à peine dix ans se coltine tout le ménage. Nous discutons un peu mais la femme de Ternadier rapplique et fait quelques remontrances à la fillette, qui repart dar dar à son ouvrage. Je vais manger dans le marché des containers. Dans l'agrès midi, je décide d'aller visiter le temple j'ai beau regarder dans tous les sens pas un seul blanc dans le secteur, pas possible je dois être le seul touriste dans le coin ???? et par conséquent toujours pas de Luc...
Le temple: Je vais pour payer l'entrée et en pénétrant dans le bureau un type est en train de lire le journal, je demande, comme je peux, si ils connaissent les résultats de la coupe du monde, ils s'informent de ma nationalité et s'empressent de chercher et résultats. La France s’est fait sortir de la coupe du monde et ils rigolent les bougres ?? Je crois qu'ils se moquent les bouffons !! je fais mine d'être très triste, ils ameutent le voisinage et bientôt dans le bureau c'est la franche rigolade. Bon c'est bien joli mais j'ai un temple à visiter.
Je visite en compagnie d'une famille de trois mongoles, d'une guide et d'un moine. Je ne suis pas très à l'aise dans les temples, c'est sombre et très surchargé de statues de tout genre; bouddhas, monstres effrayants, crânes, reliques, tissus épais. Devant chaque statues la mère baise les pieds ou mains ensuite elle porte son enfant à bout de bras pour qu'il fasse la même chose. De temps en temps elle dépose un billet ou une allumette.
Finalement je ne visite que trois temples sur l'ensemble du site. Je me dirige maintenant vers un bâtiment ou il semble y avoir de l'activité. On y rentre par un portillon de bois, de chaque coté des boutiques de souvenirs, je débouche dans un jardin, ici il y a foule, au fond un petit temple, je m'approche.
Il y une cérémonie religieuse vraisemblablement dédiée à la récolte, je ne comprends pas tout mais je devine, des moines profèrent sans cessent des mantras, il y a beaucoup de mouvement, de fumée dégagée par les bâtonnets d’encens, les gens se pressent et se transmettent des poignées de graines et des bols de lait, le tout est ponctué par le barrissement de cornes et les battements de tambourins et cymbales. Je reste là une bonne heure sans rien faire d'autre que d'observer, je suis adossé à la porte d'entrée et personne ne m'adresse la parole, je suis le seul touriste dans le secteur.
Je décide de me trouver un coin tranquille pour faire quelques crobards du temple, à l'ombre d'un portique je dessine, un gamin tente de me vendre des babioles en pierre sculptée, aujourd'hui je regrette un peu de ne rien lui avoir acheté. La cérémonie est terminée et les moines quittent les lieux transportant des sacs plastiques remplis de victuailles. Il est temps de retourner à l'hôtel et essayer de retrouver Luc.
C'est en m'approchant de l'hôtel que je l'aperçois, et je sais tout de suite que c'est lui, c'est plutôt facile, c'est le premier touriste que je croise et en plus il est grand et filiforme, chose rare dans ce pays. C'est étrange, voilas trois mois que nous nous contactons par téléphone et Email, sans jamais nous avoir demander de photos de nous et nous nous retrouvons là à 7000 bornes de chez nous, sans difficulté. Nous bavardons comme deux copains, simplement, la situation semble normale. C'est un peu magique. Encore un moment inoubliable du voyage, merci Luc.
La soirée se déroule tranquillement, je peux même téléphoner en France, c'est plutôt dur, je suis surpris par cette voix, celle de Catherine, ma Catherine, si loin et si proche, je suis limite bouleversé, les larmes me viennent, je bégaye. Que doit elle penser. C'est idiot, je crains qu’elle s'inquiète alors que tout va bien. C'est simplement une immense vague de joie qui m'a envahi. En sortant de la poste je suis très heureux, un bonheur d'enfant, j'offre, au mongol qui m'a permis de trouver la poste, une bière dans un bar karaoké ou de charmantes hôtesses coréennes traduisent nos propos. Il est très fier que je lui prête mon vélo pour traverser la ville et il ne cesse d’interpeller ces potes pour frimer un peu.
Je retrouve Luc à l'hôtel et je décide de faire des petites réparations et réglages sur mon vélo, pendant ce temps Luc va boire un coup avec le Mongol. La soirée s'écoule en douceur, nous échangeons nos impressions et expériences de ces premiers pas en Mongolie dans un resto encore ouvert, mais quasiment vide, devant une soupe et à la lueur d'une bougie. Vivement demain que nous roulions...
Compteur jour : 27 kilomètres
Compteur total: 475 kilomètres |