La steppe, vite la steppe
Quelle nuit ! ou plutôt quelle soirée !
Je décide de me coucher vers 22h30, malgré la télé allumée, primo je me trompe de sens, toujours la tête tournée vers les panneaux de photos de famille, sans doute le centre vital de la maison ou de la yourte. Vers 23h00, l'homme de la maison décide d'aller déplacer son tracteur, 3/4 heures à faire ronfler son moteur et faire 10 mètres. Il revient, rallume la télé et j'ai droit à une émission sur la puériculture à UB, bref fin des hostilités à 1h du mat, enfin presque, ronflement et enfin silence...je suis naze.
A 7 h le frangin déboule comme un furieux dans la maison faisant fi de tout le monde et veut réveiller son cadet, mais l'autre semble indifférent et pionce comme un bienheureux, la "prof d'anglais" décide de se lever et vaque sans ménagement à allumer le feux et faire chauffer de l'eau, la place dans le lit est chaude et le frangin en profite pour s'y coucher, j'y comprends plus rien, maintenant tout le monde est recouché et le feu crépite sous la marmite ???
8 h, je me lève, range mes affaires, une toilette de chat dans la cour, rapide petit dèj de thé, tranche de fromage de brebis, crème et sucre. Une demi-heure plus tard je suis sur le vélo. Je reprends la piste de la veille et longe le lac pendant 30 kilomètres, la piste est moyenne, je suis souvent à la recherche de traces moins ondulées et moins cassantes. Par contre le paysage est envoûtant, l'impression de rouler dans un décor de film, je traverse des nuages d'insectes qui s'écrasent sur ma face, interdit de garder la bouche ouverte, jamais vu un truc pareil.
En regardant la carte la veille, j'ai pris la décision de quitter la piste principale et de m'enfoncer dans le massif du HANGAYN NURUU pour gagner ALTAY, je n'ai pas revu Luc et je ne suis pas certain qu'il en fera de même. Mais j'ai envie de rouler dans des endroits plus sauvages et de m'écarter des ces pistes pas très agréables. Au bout du lac se trouve la bifurcation, la piste principale continue vers l'ouest et la mienne pique vers le sud. Il y a un village. Je m'arrête à la première Yourte et par chance c'est une cantine et dispose également d'un petit cabanon qui lui sert d'échoppe. Je demande une canette, mais ils ont perdu la clef du cadenas, ce n'est pas grave, un bon marteau et le tour est joué. Je laisse un mot à Luc, je ne sais si pas si il est déjà passé mais cela ne coûte rien.
La famille qui m'accueille est très sympa et la mère de famille me prépare un ragoût. Je reste dans la yourte un bon moment et mange en face à un gamin morveux qui renifle sans cesse, toute la famille profite de ma présence pour se ravitailler aussi (souvent durant mon voyage j'ai une cette impression que les gens profitaient de mon repas pour manger, certainement dû au manque de ressources qui les empêchent de faire trois repas dans la journée). Le soleil tape fort dehors et je complète mon récit de voyage à l'ombre de la yourte. Un bruit de véhicule, le moteur s'arrête et Luc apparaît dans l'embrasure de la porte ? Il n'a pas trouvé mon mot accroché à la cabane, c'est juste un hasard, le véhicule qui le transportait vient de tomber en panne et nous nous retrouvons... (Souvent durant notre voyage nous allons nous retrouver de cette façon, nous demeurons sans réponse à ces coups du sort).
Je lui fais part de ma décision concernant mon choix d'itinéraire, il est ok pour m'accompagner. Pour gagner le prochain village il nous faut suivre les poteaux électriques, c'est plutôt simple. La piste est bonne et nous filons un bon train, mais au bout de 15 kilomètres je ne peux plus avancer, la mauvaise nuit et peut être que je commence à accuser le coup.
Nous sommes dans une très belle vallée, pas un seul véhicule sur la piste à peine marquée et peu de bétail, le coin semble vraiment oublié. Une chose est sûre, il est infesté de taons, de mouches et surtout de sauterelles voraces qui pincent jusqu'au sang. Luc s'est arrêté à coté d'une ruine et j'en profite pour récupérer à l'ombre de mon vélo. Mais les insectes ne sont pas près à partager la zone et nous fuyons sous leurs attaques.
Pour sortir de cette belle vallée il nous faut franchir une bosse et d'en haut le spectacle est grandiose. Nous nous engageons dans la descente et c'est le sentiment de rouler à fond sur un tapis de billard, c'est grisant, rien ne semble pouvoir nous arrêter dans cette glisse vélocipédique. En bas nous stoppons au bord d'un ruisseau qui traverse cette grande vallée. Nous sommes d'accord pour dire que ce coin est vraiment la Mongolie telle que nous l'avions imaginé. L'eau qui coule est tiède et nous faisons trempette, vraiment la vie est trop dure...vraiment très dure.
Nous reprenons notre route presque à contre cour mais la suite du parcours est toujours aussi belle, vraiment ce coin est fabuleux, 5 Km plus loin nous débouchons dans une très belle vallée assez encaissée dans le fond de laquelle coule une rivière, de beaux nuages remplissent en partie le ciel et donnent une dimension et une lumière extraordinaire au cadre de notre escapade. Nous somme vraiment ébahis...Nous franchissons quelques gués et bientôt le village apparaît.
Le village est sans charme, nous attirons vite l'attention et un groupe se forme, nous tournons un peu pour trouver une cantine mais en vain. Je tente de téléphoner depuis la poste mais elle n'est équipée que d'une ligne pour l'intérieur du pays et d'une radio. Un mongol est en train de discuter avec sa famille via le poste de radio antédiluvien et lorsque je fais ma demande, le préposé m'apprend que c'est impossible.
Nous regagnons le centre du village, une voiture s'arrête, mais les hommes qui en descendent sont un peu éméchés et il est difficile de déceler leurs véritables intentions. Nous décidons de trouver une place à l'extérieur du bled. Nous passons à côté d'un ancien pont complètement détruit, vestige de l'implantation des Russes.
Nous plantons au milieu d'un troupeau de yacks 2 Km plus loin. Repas dans un paysage superbe, au coin du feu. Calme, beau, paisible, C'est géant la Mongolie.
Compteur jour : 65 kilomètres
Compteur total: 851 kilomètres |