L'accueil Mongol
Bon anniversaire Elise, ma toute belle, je pense à toi très fort ce jour, cette superbe journée à la fois belle et dure est le cadeau de tes 5 ans. C'est une journée qui te ressemble, une journée d'amitié et de rencontres, de doute et de difficulté mais que nous passons car nous sommes comme toi bien décidés.
Journée éprouvante et pourtant pas beaucoup de kilomètres. Mais que de rencontres de chaleur, de générosité...
Après une nuit sans problème nous passons au village pour acheter quelques babioles dans l'échoppe du coin, pas grand chose. Puis nous nous dirigeons dans la vallée de gauche, sud ouest, la piste au début est bonne et longe une rivière. Les crêtes des massifs qui nous entourent sont découpées comme des vieux dentiers.
La vallée est large et belle mais la brume voile un peu le décor. Nous faisons notre premier 17 kilomètres pour atteindre un groupe de GHER , nous pensons y trouver à manger, nous sommes devenus de vrais fainéants.
L'accueil est vraiment chaleureux, tout de suite on nous apporte du "tsai" et Luc assis dans l'herbe discute avec nos hôtes, montrant les guides et dico, l'ambiance est très détendue. Luc en échange d'un essai de vélo fait de la moto et je fais une très belle séance de photos, où après chaque série de clichés je projette, grâce au mini écran du numérique, les photos à l'ombre de la yourte la plus proche. Ensuite les femmes sortent une table et nous mangeons dehors, c'est paradisiaque. Tout le monde est souriant.
Quelques garçons se lancent dans une partie de lutte, je propose ma candidature. Mon premier adversaire n'est pas très coriace, mais il m'empoigne fortement, au bout de quelques minutes nous nous retrouvons au sol tous les deux, les spectateurs sont hilares. Je suis complètement essoufflé. Un second prétendant se présente, il est plus petit et je le toise en rigolant, mais malgré sa petite taille, dés le premier contact je sens que je vais déguster, c'est une vraie pile électrique. A peine m'a-t-il saisi par la taille que je me sens monter dans les airs, j'en redescends aussi vite, propulsé au sol. Le choc est dur, je ne peux plus respirer et une violente douleur m'électrise le torse. Des mongols m'empoignent par les aisselles et me secouent comme un prunier. Le public en a pour son argent et tout le monde est plié de rire. L'honneur mongol est sauf et le petit Français est mouché.
Nous passons un moment inoubliable de bonheur dans cette famille et c'est avec un petit pincement au cour que nous poursuivons notre route.
La piste se dégrade vite, le fond de la vallée est certainement le grand lit de la rivière au moment de la fonte des neiges, la piste est souvent bosselée et parfois les cailloux remplacent la terre, le vent souffle de face profitant du couloir formé par les massifs. La pluie est omniprésente pourtant il fait chaud. L'eau commence à nous faire défaut. Notre progression est difficile et l'avenir n'est pas terrible. Sur la carte de Luc il existe un village dans le fond de cette vallée mais nous ne le voyons toujours pas. Nous croisons un couple sur une moto et lui demandons de l'eau. Mais il nous indique la direction de quelques maisons dans le fond de la vallée. Nous nous approchons des maisons avec le fort espoir d'y trouver de l'eau, mais notre déception est grande quand nous découvrons un village à l'abandon. Les maisons sont pour la plupart en mauvais état, vitres brisées, débris jonchant le sol, carcasses d'animaux séchés par le soleil. J'ai cassé mon appareil photo, mes côtes sont douloureuses, mon cale pied est tombé, nous n'avons plus d'eau, je suis complètement naze, il n'y a pas un chat à l'horizon, le moral n'est pas bon, moment de flottement...
Il faut prendre une décision, assis sur des rondins à l'ombre d'une maisons nous décidons de poursuivre dans la vallée vers une yourte aperçue plus loin. Une colline barre le passage et prendre par le lit de la rivière asséchée relève du délire tellement elle est encombrée de cailloux.
Nous suivons la trace qui monte dans la colline. Après une journée comme celle-là, les 500 mètres de montée sont épuisants, nous poussons les vélos mais lorsque que nous débouchons de l'autre côté c'est incroyable. C'est un grand campement que nous découvrons, de l'eau en abondance sous la forme d'un lac, des troupeaux de yacks, chèvres, chevaux et chameaux. Quel soulagement, Luc est déjà redescendu et une petite troupe l'entoure. Je le rejoins, un grand sourire lui barre le visage et ce doit être la même chose pour moi j'imagine.
Une fois de plus l'accueil est très chaleureux, tout le monde veut nous voir, toucher, palper, nous laissons faire de bonne grâce. Nous passons un moment dans une des yourtes à boire du thé et manger du fromage et des biscuits. Je tente de réparer l'appareil et les hommes de la maison font ce qu'ils peuvent pour m'aider en fabriquant une lame de tournevis suffisamment fine pour dévisser le boîtier. La yourte est équipée d'une télé reliée, par trois pauvres fils de fer, à une énorme antenne satellite, mais la réception est nulle.
Lorsque que nous décidons de monter la tente entre deux yourtes, la main d'ouvre ne manque pas, en fait à chaque fois que nous entreprenons de faire quelque chose tout le monde veut nous aider. Je vais faire le plein d'eau à cheval vers le lac, accompagné par lune ribambelle de gamins qui portent mes outres et bidons en courant dans les tourbières. C'est incroyable, le cheval est docile et les enfants d'une gentillesse sans bornes, c'est un rêve !
Le soir devant le feu nous soufflons la bougie des cinq ans d'Elise, c'est le bonheur, c'est vraiment le bonheur, c'est le top bonheur. Une journée pauvre en kilomètres mais tellement riche de rencontres.
A Elise....
Compteur jour : 40 kilomètres
Compteur total: 891 kilomètres |