coup de pompe
Plutôt bien dormi. Au réveil la douleur, due à l'exercice de lutte de la veille s'est un peu estompée, par contre mon genou droit fait des siennes.
Il pleut, les nuages sont bas mais il ne fait pas froid. Le chef du village (je présume que c'est le chef car c'est le seul à posséder cette fameuse télé reliée au à l'antenne satellite qui est fixée sur une carriole en bois grâce à un bout de ficelle) m'invite à déjeuner dans sa yourte. Il m'offre des "bootsuks" que je tartine de crème et du thé au lait, c'est excellent !!
Nous discutons simplement, le battement de la pluie sur la toile de la yourte donne un rythme tranquille à cette matinée. Dehors sa femme et un des autres hommes se préparent à partir en moto pour la ville la plus proche (40 km de piste). La femme s'est maquillée et e revêtu sa plus belle tenue. Tous les deux se couvrent d'un poncho et file sous la pluie. Je reste avec le chef en l'observant préparer des "bootsuks". Il aplatit la pâte, sur ces crêpes étale abondamment de la crème bien épaisse et ajoute une bonne poignée de sucre. Ensuite il écrase le tout et forme des boules. La préparation s'arrête la. Ce moment apaisant passé en sa compagnie est des plus agréable. Pendant sa préparation, nous fumons quelques cigarettes et buvons du thé, échangeons quelques propos, rigolant de temps en temps de nos incompréhensions. C'est comme un jour d'automne chez nous au coin du feu lorsque la pluie s'est installée.
Il pleut toujours, je décide de sortir et de traîner un peu ; Quelques pas plus loin je tombe sur une pierre taillée, j'en suis certain, elle est grosse et légèrement oblongue, la pointe est taillée et les marques de frappe sont bien visibles. Je la montre au chef, il rigole et me dit que sous nos pieds il y en a plein. Effectivement le coin est propice, de l'eau, des pâturages et abrité du vent, ce ne serait pas étonnant que depuis fort longtemps des familles aient élu domicile à cet emplacement. 
Luc se lève tard. Il pleuviote mais le ciel reste chargé. Je pars à pied vers ce que nous pensions la veille être un lac, en fait c'est de la glace ! A mon retour Luc termine une partie d'échecs avec un mongol. L'adversaire a une façon bien à lui de jouer : si après son déplacement sa pièce est en danger, tout simplement et naturellement il la remet en place et cherche une autre stratégie. Difficile de perdre dans ces conditions !
Vers midi, le ciel se découvre un peu. Nous décidons de partir (ce qui veut dire pour Luc aller se raser) . Je plie la tente et charge mon vélo aidé par les mongols toujours aussi enthousiastes à donner un coup de main. Nous décollons une heure après l'avoir annoncé. Nous roulons dans une grande vallée encaissée entre de hauts massifs imposants, le vent est de face et la piste moyenne. Nous sommes chacun sur une piste différente, de part et d'autre de la vallée. La navigation n'est pas compliquée dans ces moments la.
Nous approchons d'un village de yourtes, Nous nous y arrêtons et rapidement un groupe se forme, pour la première fois depuis le début du voyage on nous propose la prise. Un mongol sort de son DEL, une pochette de tissus aux couleurs chatoyantes, le déroule et en tire un flacon en pierre (probablement de la néphrite) avec un capuchon orange. Grâce à la petite tige fixé au capuchon et terminé par une fine petite cuillère, il en extrait une poudre verte que l'on dépose entre le pouce et l'index, ensuite il suffit d'aspirer...et d'éternuer, c'est très parfumé.
Nous reprenons notre route et nous posons en ayant parcouru que 10 kilomètres depuis notre départ. Je ne suis pas en super forme, j'ai mal aux côtes, au genou, aux cuisses et je tousse. Je dois être fatigué. Nous nous ravitaillons et rapidement un mongol nous rejoint sur sa moto. Nous lui offrons quelques biscuits mais il ne traîne pas et nous montre le ciel et les gros nuages et faisant la moue. L'orage gronde dans les hauteurs et il commence à pleuvoir. La piste est maintenant meilleure mais je suis complètement vanné et je suis obligé de faire des pauses souvent. Heureusement Luc est lucide et sait encore interpréter la carte pour ne pas nous perdre. Nous quittons la vallée principale et nous nous dirigeons dans une vallée secondaire. Le coin est vide de monde et la piste est par moment herbeuse. Nous monttons vers le col, le vent souffle toujours. Bon grès mal grès nous grimpons. Luc souffre depuis quelques jours de son dos et maintenant nous nous retrouvons plus souvent. Petite vitesse, je grignote la pente, et au col nous débouchons sur une belle et large vallée, nous avons parcouru 27 kilomètres. Je propose à Luc de pousser encore un peu histoire de sauver l'honneur et de faire basculer le 3 des dizaines au compteur. C'est de la descente, un peu bosselée et nous nous posons au bout de 8 kilomètres à côté d'un ruisseau.
La roue de Luc est voilée et malgré mes conseils pour réparer , il s'obstine à tenter le dévoilage sans décharger, et le vélo couché sur le coté (faut dire que pour lui ce n'est pas simple, ces sacoches sont abîmées et il les fait tenir grâce à des sangles). Je monte la tente et commence à chercher bouses et bois pour le feu. Luc s'énerve sur son vélo (se sera la seule fois durant tout le voyage que je le verrai s'énerver). Finalement, les cours de mécanique donnés par Jean-Louis peu avant mon départ de France s'avèrent efficaces.
Nous mangeons et des jeunes cavaliers viennent nous observer. Ils sont un peu farouches et restent à l'écart. Nous finirons par lier contact, faire du cheval, eux du vélo et ensuite nous aurons droit à une belle séance de cavalcade dans la montagne. Ces jeunes fous cavalant sans relâche de droite et de gauche, après un cheval, un poulain, un yack. Superbe. Vraiment la télé ne me manque pas.
Compteur jour : 38 kilomètres
Compteur total: 929 kilomètres |