un voyage en Mongolie - VTT - 2002
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Lanzarote
 
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EN ROUTE ...> Avec Luc et sans Luc
samedi 6 juillet :

Sous la pluie…et avec Luc .

6 heure du mat il pleut, je me recouche…
7 heures du mat, il pleut, je me recouche…
7h30 du mat, il pleut toujours et je me lève quand même, bin oui…
Je déjeune dans ma chambre, il fait presque froid, avec la pluie l’ambiance n’est pas terrible, j’ai l’impression que les murs dégoulinent de tristesse.
Je profite de cette pluie pour me laver à l’extérieur sous une gouttière percée devant le collège. Personne ne se promène à cette heure sous cette pluie.

Je tergiverse un moment, partir pas partir, après tout ce n’est pas la mort et je ne vais pas fondre, en plus avant de partir j’ai cassé ma tirelire pour acheter une veste en Gortex supposée supporter le sale temps.
Le parcours est plutôt simple jusqu’au prochain village, d’après la carte je dois suivre une grande vallée bordée par grand massif sur ma droite, je dois toujours rester sur le côté gauche de la vallée sans jamais m’approcher de ce massif, dans une trentaine de kilomètres je devrais passer sur la gauche de deux grands lacs et ensuite m’enquiller dans une autre grande vallée. Simple sur la carte. Enfin sur la carte….

La piste qui part du village est plutôt roulante mais la visibilité est réduite, des rideaux de pluie brouillent le regard, je devine effectivement le grand massif sur ma droite.
Je roule un moment sous cette pluie mais bientôt la piste se divise en deux, l’une semble traverser en parfaite ligne droite la vallée, l’autre, à mon goût, bifurque trop sur la gauche. Donc tout droit… Je roule depuis trente kilomètres et je n’ai pas encore aperçu les lacs. Par contre je me suis vraiment approché du grand massif. Une levée de brume me fait découvrir les lacs, damned ! Ils sont à ma gauche alors que cela devrait être le contraire. Je ne peux pas continuer sur cette piste?!?!
Je décide, malgré ma roue en convalescence de couper à travers la steppe vers les lacs.
L’avantage en Mongolie c’est que ce genre de chose est possible, les mongols en usent et abusent ce qui dans certains coins peut porter à confusion dans le choix de la piste.

Je traverse sans difficulté mais je reste très concentré, pas question de casser ici.
Au bout de 7 kilomètres, juste avant les lacs, je croise une piste qui va vers l’est, je décide de la suivre, après tout elle est parallèle à celle qui se trouve de l’autre côté des lacs.
La pluie redouble et je dégouline de partout, de plus j’ai un peu froid. Je découvre une petite GHER fermée et non loin d’elle une bergerie pour l’hiver. Je vais y faire une pause.
Appuyé contre un pilier le cul sur 20 centimètres de crottes de moutons, je regarde le paysage, il pleut sans discontinuer, je regarde la petite GHER à 200 mètres d’ici, elle fait minable. Je ne sais pas si quelqu’un y vit mais c’est vraiment le trou du cul du monde, j’en suis là de mes élucubrations lorsque j’aperçois une ombre qui s’approche de l’habitation à travers le rideau de pluie. C’est bizarre, voilà un mois que je suis ici et cette silhouette ne ressemble en rien à ce que j’ai vu, mongol sur cheval ou moto, pourtant son aspect m’est familier, tête haut perchée, buste en avant….je me lève, regarde plus attentivement, pas croyable, mais c’est Mister Luc, mais qu’est-ce qu’il fout là, il devrait être devant moi, en plus je ne suis pas sur la bonne piste….

Je l’appelle, mais visiblement il ne m’entend pas, il fait le tour de la GHER, j’hurle de plus belle mais vraisemblablement la pluie arrête le son, merde me jeter sous la pluie ne m’emballe pas, Luc commence à amorcer son départ, c’est trop bête !
Je fonce dans steppe en hurlant comme un âne. Il m’aperçoit enfin et après un moment d’hésitation décide de se diriger vers moi. (Plus tard Luc me dira qu’il croyait que c’était un mongol et qu’il a vraiment hésité à venir).
Nous avons du mal à comprendre comment nous avons réussi à nous retrouver ici.
Nous échangeons nos expériences des jours précédents. Je me rallie à son idée de gagner dès ce soir le village de BAYANSTARA estimé à 50 kilomètres plus loin. J’émets juste la réserve que si je suis vraiment trop naze je m’arrête et je campe avec ou sans lui.
C’est reparti, nous roulons de nouveau ensemble, cette fois nous ne sommes pas très loin l’un de l’autre, la tête dans le guidon nous roulons, quelques courtes pauses ponctuent cette journée infernale, la pluie n’a pas cessé depuis se matin, Luc fait des pauses plus fréquentes pour m’attendre, je vais moins vite que lui encore plus avec ma roue en javel et lorsque je le rejoins nos regards se croisent, chargés de dépit et de fatalisme. Pourtant, cette journée est un de mes plus beaux souvenirs. J’ai vraiment eu l’impression de rouler avec mon partenaire, mon pote, ce que j’attendais de ce voyage à deux, c’est ballot, c’est notre dernier jour de pédalage ensemble.

Luc a encore l’énergie pour me demander l’impossible et au cours d’une pause l’idée que je déballe mon matériel pour rouler une clope ne lui parait pas impossible, compte dessus et boit de l’eau (y’a ce qui faut), risquer de tout mouiller pour une clope, ha ce Luc.
Les flaques de la piste se transforment bientôt en ruisseaux et maintenant nous roulons sur de longues portions inondées, et le déluge continue. Nous délirons et l’idée de nous retrouver ce soir devant un bon feu de cheminée dans un chalet savoyard, sirotant un bon vin chaud à la cannelle devant une fondue, servis par une belle et plantureuse savoyarde nous redonne de l’énergie.

Nous sortons de cette vallée pour déboucher dans une vaste plaine qui se laisse deviner. La piste devient plus large et de longs tronçons sont sous l’eau. Le vent souffle, je ne sais plus s’il est de face ou de dos, par contre il pleut toujours, ça je le sais. Depuis ce matin, nous n’avons croisé personne, le compteur affiche 40 kilomètres depuis nos retrouvailles, le but n’est pas loin, courage.

Je rejoins Luc, il m’affirme avoir vu droit devant les fameuses cheminées, mais devant la brume et la pluie ne laissent rien espérer de ce type. Pauvre Luc, il délire maintenant…
Le voile se lève et effectivement la ville est là, à quelques kilomètres. YYYAAAHHHOOOUU. Inutile de préciser l’allure à laquelle nous avalons les derniers kilomètres.
Nous débouchons comme des zombis dans le village ruisselants de partout, des toits, des rues, des gens. Evidemment comme deux bons touristes nous demandons s’il y a un hôtel dans le coin. La pluie à du nous rendre un peu idiot, ce village n’est même pas indiqué dans le LONELY et nous cherchons un hôtel. Contre toute attente la réponse est « oui ».
On nous indique un bloc de maisons sans étage, devant la porte un homme torse nu et une petite femme en soutien gorge épongent et construisent des petits barrages pour éviter que l’eau ne pénètre à l’intérieur. Une de nos plus belle rencontre, Sansalma nous accueille, elle nous pousse de force avec nos vélos crasseux et dégoulinant à l’intérieur. Tout vient juste d’être épongé mais ce n’est pas grave. Nous découvrons une petite chambre coquette de quatre lits, rideaux aux fenêtres, rapidement le café chaud arrive. Mince notre rêve se réalise (la savoyarde, le vin chaud, la chaleur du feu), Sansalma comment ne pas t’aimer. Nous dévorons des boots. Faisons sécher nos affaires, nous avons investi l’espace. Ce havre de paix cache un magasin, un billard, une table de ping-pong ou rapidement Luc se taille une belle réputation. C’est le Hilton du Gobi.
Sansalma est une ancienne chanteuse d’opéra de UB, elle a voyagé (Moscou, Belgrade, Paris, Alger). Elle est venue s’installer ici pour ouvrir cette Auberge (et oui je l’appelle Auberge). Un conseil, mettez cette étape à votre voyage, rien que pour elle.

Après cette journée de fous, nous sommes des princes fourbus, nous avons parcouru 92 kilomètres sous une pluie battante, quelle récompense.

Compteur jour :92 kilomètres
Compteur total: 1501 kilomètres 
 
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