Maintenant c’est le Sud .
Réveil 6 heures, il fait encore sombre, et contrairement à ses habitudes Luc s’éjecte du lit.
Nous essayons de ne pas faire de bruit mais Sansalma est elle aussi réveillée, elle nous apporte eau et pains de viande (pour Luc les pains de viande, pour moi c’est un peu tôt, ce qu’il faut savoir c’est que l’estomac de Luc provient d’un greffon d’estomac de yack et que par conséquent il peut manger à peu près de tout et à n’importe quelle heure).
Nous échangeons des silences dans ce petit matin qui s’éveille. Je fais encore un tour de village, de collines, prends une ou deux photos de Sansalma et juste au moment de partir elle m’offre un présent, une fiole de prise dans le tissu traditionnel, je suis touché, parfois les cadeaux sont des flèches, comment remercier ce petit bout bonne femme d’une telle générosité ? L’émotion est forte, j’abrège, une bonne poignée de main à Luc, une claque dans le dos, bon vent vieille canaille, file dans le vent salopard, c’est qu’il pourrait presque déjà me manquer cette andouille.
Roule, roule Christophe, je traverse le village vers l’est, me retourne une dernière fois, salut et à bientôt sur Internet Luc de Nice.
La piste est plutôt bonne et j’ai le vent dans le dos, j’aperçois au loin mon objectif, c’est un grand massif encore sombre à cette heure et entre lui et moi une grande plaine plate et vide. Je fais une dizaine de kilomètres et je suis rattrapé par deux motos et trois passagers. Ils roulent à coté de moi et me font signe de m’arrêter. Assis dans l’herbe nous fumons une cigarette et ils me font comprendre qui remontent vers le nord pour aller chercher de l’or. Nous repartons chacun vers nos rêves respectifs.
Les choses se compliquent, la piste se divise en deux et rien n’indique si l’une ou l’autre se dirige plus vers mon point de repère. J’opte pour la gauche, je roule encore quelques kilomètres la direction est bonne mais j’ai un doute, j’échoue bientôt devant une gher où les chiens sont particulièrement hargneux, je demande à une femme de m’indiquer le bon chemin, mais elle ne fait que des larges moulinets avec ses bras en m’abreuvant d’un baragouinage incompréhensible, bayastai ! Je continue la piste pour aboutir à un second campement, un homme est assis contre la gher, visiblement il vient de se lever et au regard de braise qu’il me lance je comprends rapidement qu’il n’a pas l’intention de coopérer, bon ! la journée commence bien
Plus de piste, point GPS, je suis trop sud, l’autre piste était la bonne. Je prends un point de repère au loin et décide de couper à travers la steppe et remonter doucement vers nord est, je devrais finir par couper la bonne piste.
25 kilomètres de pampa et toujours pas de piste, le soleil commence à taper dur, je devine au loin un point noir qui s’élève du sol, je me fixe dessus et je roule, pas un véhicule depuis les motos, plus de campement, absence de bêtes…
vers midi je retrouve enfin une piste, le point noir est en fait un bloc de béton de 2m sur 2m planté en plein désert, ce devait être un captage d’eau mais la pompe a disparu depuis bien longtemps. Trois squelettes de dromadaires finissent de sécher, ils donnent l’impression qu’ils sont morts de soif en essayant de boire l’eau qui a servi à faire le béton de l’abreuvoir. Je ma cale à l’ombre et je m’endors pour une petite sieste.
Je tourne autour du bloc en suivant l’ombre, mange, lance des cailloux sur les mouches.
Vers 15 heures je fais un point sur la carte, je dois méchamment faire attention, 2 pistes parallèles se dirigent dans la bonne direction mais celle de droite s’incline légèrement vers le sud et fatalement me fera faire un putain de détour. Le seul problème c’est que je ne sais pas sur laquelle je suis. Je roule tout de même, en vérifiant tous les cinq kilomètres avec le GPS où je me trouve. Mais la carte que j’utilise est destinée aux avions et de plus a été réalisée par les ricains depuis un bon moment, et les tracés des pistes se confondent pratiquement. Au bout de 25 kilomètres je suis à peu près certain de ne pas être sur la bonne piste, des traces de véhicules confirment mon idée, elles quittent la piste perpendiculairement et s’orientent vers le nord. Bon et bien on prend les mêmes et on recommence, je coupe de nouveau en tentant de suivre une trace, mais bientôt le relief apparaît et les traces, elles disparaissent…
Je continue au jugé m’aidant du GPS, je suis dans le fond de petits vallons secs comme des coups de trique, pas une habitation, pas un bruit de moteur, je réalise que s’il m’arrive quelque chose à cet endroit je suis un peu dans la merde. Je suis partagé entre le plaisir de me trouver seul au milieu de nulle part et l’idée d’avoir un souci à cet endroit.
Le GPS m’indique que je devrais être sur l’autre piste ???? Mais ou est elle cette foutue piste ? Les vallons se succèdent et pas de piste. Une gher, petite et fermée mais aussi une trace de moto, je m’engage dessus, elle suit les courbes à la base des bosses. Fatalement elle mène quelque part…et oui à une bergerie ….vide…bon…galère.
En cherchant un peu je découvre une autre trace, et cette fois de camion, et bien voila. Je suis certain maintenant de sortir de là. Un camion ne viendrait pas ici pour rien. Les traces sont de plus en plus marquées et le coin est sublime et sauvage. La trace est maintenant bien marquée, je passe devant une autre bergerie, très belle et grande, elles ont un cachet particulier, en rondins et en demi cercle, le toit est fait de troncs qui convergent vers le centre, des piliers soutiennent le tout. Le sol est un matelas de plusieurs centimètres de crottes de chèvres et de moutons. Je roule encore quelques kilomètres et coupe une nouvelle piste, point GPS, je suis bon…cool
Je roule sur un grand plateau où des crêtes effilées d’ardoise, semblant sortir du sol comme des dos de baleines de la mer, elles brillent dans l’océan de lumière du soleil couchant, c’est superbe.
Je commence sérieusement à fatiguer, au détour d’un virage je remarque des gravures dans un rocher plat, je ne m’arrête même pas (crétin que je suis). J’avance comme un zombi, le compteur marque 87 kilomètres depuis ce matin, je trouve une petite plaine herbeuse parfaite pour établir le camp. Rapidement je plante la tente, fais mon plein de bouse, allume un feu, mets de l’eau à chauffer et maintenant je m’effondre. JE SUIS VANE mais que c’est beau et bon. Je n’ai plus croisé personne depuis ce matin, je suis seul au monde et quel monde !
Je fais un point sur le matériel et je m’aperçois avec horreur que si ma réparation a tenu, deux autres fissures sont apparues, c’est la merdasse !
Demain il fera jour, alors à demain ma jante de merde.
J’ai encore un peu de mal à tenir le crayon !
|