HLM militaire .
7 heures, un peu paresseux le mec, le soleil se lève dans un ciel encombré de nuages, il fait frais c’est préférable. Dans la nuit un véhicule est passé, le seul moteur depuis la veille 9 heures. C’est incroyable de n’entendre que le bruit du vent, des piafs et du vélo, pas d’avions, pas de voitures, rien que le souffle, le calme.
Je reprends la piste de la veille mais la direction ne me convient pas, je veux me rapprocher plus du massif sur ma gauche, à la première bifurcation je tourne, le paysage est incroyable, les dos d’ardoise anguleux comme de vieux squelettes de monstres émergent sur le plateau, je croise un troupeau de dromadaires, seule présence vivante dans le coin.
Je retrouve une bonne piste ½ heures plus tard, elle file plein EST parallèle au massif, c’est parfait. 20, 25, 30, 35 kilomètres heure, seule la présence de ma jante défaillante dans mon esprit me retient, je fonce sur une bonne piste descendante dans une vaste vallée au pied de la montagne, 48 kilomètres faciles, c’est trop beau…
Et oui c’est trop beau, je retrouve de la tôle ondulée, et le sable aussi, 30 kilomètres de cette « chianlie », je crains pour ma jante, j’en ai ras le bol.
Les ghers réapparaissent et le village s’aperçoit dans le lointain. Je roule encore un moment sur une piste épuisante, sable, tôles, cailloux. Je franchi enfin un dernier gué et j’entre dans le village sous un soleil de plomb, j’ai soif, faim et je suis bien destroy…
Je trouve une échoppe et jette mon dévolu sur trois canettes de limonade et pars en quête d’un endroit ou je pourrais me restaurer, justement une cantine m’ouvre ses portes, je pénètre en force avec ma monture pour ne pas la laisser seule, la laissant dans le couloir et bouchant ainsi l’accès au salon de coiffure attenant et du resto, j’ai un peu de scrupule mais personne ne bronche, au contraire tout le monde me fait de grands sourires.
La surveillance du vélo maintenant que je suis seul est plus compliquée, quand je le peux et si je c’est impossible de le renter là ou je m’arrête, je le couche au sol devant la porte. Si quelqu’un tente de le relever il sera bien embarrassé étant donné que le poids est tout sur l’arrière et que fatalement mon fidèle destrier fera une belle roue arrière incontrôlable et inévitable, rendant ainsi toute tentative de s’en emparer sans en demander l’autorisation à son propriétaire, impossible. Quand je le peux je demande s’il est possible de rentrer mon biclou à l’intérieur. Les plus « casse bonbons » sont les enfants, ils touchent à tout et veulent absolument essayer et souvent sans forcément demander l’autorisation, au début du voyage je l’ai souvent prêté avec plaisir, mais maintenant la bête est fragile ce qui la rend d’autant plus précieuse.
Donc je me goinfre d’une bonne douzaine de boots (sorte de raviolis à la viande cuits à la vapeur. La cuisinière place une grande bassine d’eau sur le feu, dessus pose une bassine métallique percée et place côte à côte les petites bonnettes de pâte farcies, elle ferme hermétiquement l’ensemble et laisse cuire une demi-heure, delicious !!!).
Une jeune mongole vient s’asseoir en face de moi et me pose les traditionnelles questions en anglais : comment tu t’appelles, d’où-viens tu et où vas-tu ?
Il fait une chaleur assommante et pourtant je dois partir à la recherche d’un endroit pour dormir, je compte bien rester ici pour la fête du Naadam qui a lieu demain, mais je dois impérativement trouver le moyen de réparer ma roue avant de repartir.
Je laisse mon vélo à l’aubergiste et ma nouvelle amie me trimballe dans le village, nous cherchons quelque chose, mais visiblement nous ne trouvons pas, à chaque fois quelle s’adresse à quelqu’un c’est toujours la même réponse : « Barcro ». Finalement un minibus s’arrête dans un grand nuage de poussière et musique à fond. Le conducteur nous apostrophe et nous montons dans le véhicule, nous roulons vers le nord vers la sortie du village et un groupe de bâtiments plus important que les autres. Le jeune chauffeur me toise et doit faire quelques bonnes vannes qui font bien rire ces petits camarades assis à l’arrière. En approchant des baraquements je m’aperçois que c’est purement et simplement une caserne… hum ! hum !
Il y a une sorte de HLM à l’entrée et c’est là que nous nous arrêtons. La jeune fille me demande d’attendre dans le véhicule. Je reste et je supporte les sarcasmes de ce jeune crétin, il veut comparer nos muscles, mime une bagarre avec moi, me fait comprendre que s’il a une voiture il deviendra riche (décidément le richesse avant même d’en avoir le simple fait d’en rêver rend déjà con !), et ensuite me réclame 5000 Togrog pour m’avoir emmené ici, je refuse catégoriquement, je ne lui ai rien demandé, je sors du véhicule et claque la porte. Lui est hilare mais je vois dans le regard de ses copains du dépit et du regret, et oui faut savoir choisir ses potes (et c’est moi qui dit ça !!). La jeune fille revient en compagnie de deux types un peu éméchés, nous pénétrons dans le bâtiment crasseux et à moitié délabré pour grimper au deuxième étage. On me fait visiter non pas une chambre mais une suite.
C’est un appartement deux pièces cuisine avec vue imprenable sur la steppe et orienté plein sud, certes le confort est rudimentaire, pas d’eau courante, pas de gaz, électricité (peut être entre 19 et 20 heures, moquette usagée jusqu’a la trame (enfin ce qu’il en reste), La femme de ménage a dû égarer les clefs depuis au moins trois ans mais ça fera grandement l’affaire. La jeune fille me le propose à 5000 Togrog (décidément c’est la foire aux cinq milles dans ce bleb), je refuse et fait mine de partir, un des deux acolytes me le propose à 200, c’est peut être un peu bas, je surenchérie à 2500 et l’affaire est conclue. Dans la cour le crétin à la jeep est toujours là et commence à piaffer, finalement la clef de ma suite en poche nous retournons vers le village, notre chauffeur nous largue à 1 kilomètre le sourire en coin. Je retrouve mon fidèle compagnon (j’ai l’impression qu’il me fait un peu la tronche de l’avoir abandonné !). Une nouvelle jeune fille m’aborde, celle-ci veut devenir « translator » et se charge de m’aiguiller dans ma recherche d’un mécano pour ma roue, je passe de maison en maison et fini par aboutir chez elle. Son père me sort sa boite à outils et je trouve deux boulons et les écrous dont j’ai besoin mais le plus dur reste à faire, me procurer une chignole pour percer la jante. Devant un thé et des gâteaux (et oui ma chère) je dessine sur mon carnet ce que je demande. Le père reste un moment dubitatif puis se dirige vers un meuble et en sort, et là je n’en crois pas mes yeux, un énorme œuf de dinosaure. Je suis éberlué, j’ai l’impression d’être dans un rêve, mais visiblement je ne sais pas dessiner … Pas si mal quand même car il me montre une amorce de trou fait vraisemblablement avec l’outil de tous mes désirs.
Devant mon émoi à la vue de l’œuf la mère ouvre une valise, en sort une bourse et me présente des petites pierres brillantes de couleur rouge, je suis nul en pierrailles, et je fais mine d’être très admiratif, du coup elle veut m’en donner deux mais je refuse.
Quelque temps après arrive le copain de la future « translator » et je tombe nez à nez avec « joe le taxi crétin », j’abrège, car il recommence son manège et me dirige vers mon palace.
Je m’installe dans le salon, deux lits, c’est le luxe. C’est la fin de l’après midi et alors que je commence à regretter d’être dans ce bled paumé pour la fête nationale, des coups à la porte. J’ouvre et me retrouve devant les mines rayonnantes et hilares de cinq gamins d’une dizaine d’années. Ils entrent, aussi étonnant que cela puisse paraître, deux d’entre eux parlent anglais, moyennement mais ils le parlent, ils ne me quittent pas des yeux et me posent des tas de questions. Je dois impérativement aller faire le plein d’eau, j’abandonne mes amis et me dirige vers la rivière. Deux kilomètres plus loin, les pieds dans l’eau je suis bien, pensant à mes enfants, à Catherine, ces idées me redonnent du courage et de l’espoir, coûte que coûte je dois trouver une solution pour cette foutue roue et repartir rien que pour eux.
En rentrant je retrouve mes nouveaux copains, maintenant ils me talonnent et chaque objet que je sors de mes sacoches est scruté, lorsque je me rase (douloureuse épreuve), je le fais devant cinq visages, pas besoin de miroir, ils m’indiquent les zones à retoucher, entre temps d’autres enfants se sont glissés dans la chambre et c’est en compagnie de 10 gamins que je mange ma soupe et mon bol de purée ce soir. J’offre quelques bonbons et gâteaux et plus tard ils m’apporteront des bougies et des allumettes juste avant l’extinction des feux.
La journée se termine bien, je retrouve le plaisir perdu un peu dans la journée et me couche brisé.
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