Recherche réparateur de roue désespérément .
J’ai plutôt bien dormi malgré la chaleur de la nuit.
Pourtant hier soir, j’ai eu une petite inquiétude. En effet vers une heure du matin j’ai entendu du bruit sur le balcon, quelqu’un déplace des objets et chuchote, comme je suis au deuxième étages fatalement les personnes présentent viennent de l’extérieur. Je me lève sans bruit, récupère ma bombe lacrymo, mon tube en métal et ma lampe. Je m’approche de ma fenêtre, mais le bruit cesse. Bon je me recouche et ce n’est que le lendemain matin que j’en découvre l’origine. Roulés en boules dans des tissus deux ou trois enfants dorment sur le balcon. Une fois de plus j’ai un peu honte d’avoir flippé.
Je déjeune tranquillement lorsque qu’un des gamins tape aux carreaux et me tend une feuille de papier par une brèche. C’est une lettre pour moi, l’écriture est appliquée et visiblement c’est lui qui l’a écrite. « My family self », c’est un témoignage d’amitié écrit en anglais. Je suis sous le charme, il est toujours suspendu à ma fenêtre et attend une réaction de ma part, je ne sais que dire, je ne trouve qu’un large sourire en guise de réponse, il me le rend, saute sur le balcon, enjambe la balustrade, empoigne la gouttière et se laisse glisser jusqu’au sol. 
Je décide d’organiser un petit goûter pour cet après-midi, ils sont trop sympas et je veux marquer le coup, je profiterai de ma descente au village pour acheter ce qu’il faut…
Je démonte ma roue et pars à la recherche d’une chignole. Le village est à deux kilomètres du bâtiment (en fait d’hôtel c’est un hébergement pour les familles des militaires). Arrivé au village je me balade d’échoppe en échoppe, trouvant de quoi organiser ma petite fête et faire un bon plein pour les jours suivants. Au détour d’une gargote une dame d’un certain âge m’interpelle ? Elle se dit prof d’anglais et de russe, je lui explique mon souci et se met en quatre pour trouver mon bonheur.
Nous aboutissons d’abord à l’école, là je récupère encore quatre vis et boulons, le compte est bon et maintenant il ne me reste plus qu’à trouver de quoi percer ma jante.
Ma guide m’emmène vers le gymnase où règne à l’extérieur une étrange effervescence, de la grande salle de gymnase proviennent des exclamations et des applaudissements, nous pénétrons dans cet antique temple du sport en pur style soviétique. A l’intérieur il y a foule, les gens se bousculent pour ne rien manquer d’un match de volley endiablé. Une équipe de jeunes, aux maillots trop large affronte un groupe hétéroclite de joueurs de tous âges et de toutes corpulences. Mon hôtesse se dirige vers la table des arbitres et s’adresse au président de séance, pour ma part je trouve une place sur un banc et rapidement je suis entouré de curieux, des jeunes filles me questionnent dans un anglais hésitant, des enfants s’assoient à mes pieds et me dévisagent. Cette situation me gène, heureusement la prof revient vers moi au bout d’un set de jeu et m’indique de la suivre vers l’extérieur.
Nous traversons la place et contournons un bâtiment pour entrer dans une cour. Là réside un capharnaüm de pièces de véhicules, roues, batteries, moteurs, bidons, au centre deux minibus se font face et entre les deux des hommes à même le sol bricolent un radiateur de voiture. Ma tutrice explique la situation, à mon tour je montre ma roue et détaille ce que je veux faire. Le plus âgé des deux disparaît quelques instants pour revenir, ho bonheur ! Avec une belle chignole et un foret qui ne fait de plus que cinq centimètres de long. Il s’occupe de tout, perce, lime, ajuste et bientôt ma roue est prête, je suis aux anges, je lui demande combien je dois, il ne veut rien, j’insiste ! il m’invite à manger un morceau dans sa gher, je suis très gêné ! Il me propose de m’emmener demain en voiture à la fête du Naadam. Que faire… Je passe un moment en leur compagnie, discutons de la France, de la famille (malheureusement depuis ma journée de pédalage sous la pluie mon petit carnet de photos est illisible), de l’armée , bref ils veulent tout savoir de moi et de ma vie, les visites se succèdent, je serre des mains, mange des gâteaux, montre ma carte, mange du yaourt, explique une nouvelle fois mon itinéraire, bois un bol de thé, ils me conseillent sur la meilleure route à suivre pour la suite de mon périple, cette situation est sans fin, j’ai peur d’être à cours de générosité face à leur source intarissable. Au final je trouverai quand même une solution pour dédommager, ou plutôt remercier, mon magic-mécano. Dans la discussion il me questionne sur la Joconde (et oui !) et sur le Louvre (et encore oui !). C’est trop beau, il finit par me demander si je peux lui expédier de France une image de la Joconde, c’est presque trop simple.
Avant de quitter mes hôtes je passe par l’incontournable séance de photos et ensuite je vais manger. Avant de retourner à l’hôtel, je passe par la rivière pour me baigner et me laver, l’eau est tiède, c’est trop bon.
De retour dans ma chambre vers 15 heures je me laisse tomber sur mon lit, il fait une chaleur pas possible et je finis par m’assoupir. Il est 18 heures et les enfants ne sont pas là, d’ailleurs il n’y a personne, c’est étrange. J’attends un moment mais rien, pas un chat ? Je vais faire un tour de vélo en longeant la caserne puis une piste d’atterrissage en terre, insoupçonnable tellement tout est plat dans le coin.
Le soleil commence à tirer sa révérence sur la grande et belle Mongolie, il a trouvé en ce lieu de quoi exprimer toute sa majesté et sa puissance, une petite brise fraîche balaye doucement la plaine, je suis assis sur la piste, le regard perdu dans l’horizon et je suis parfaitement bien, je sais que maintenant je peux prolonger mon contrat de bonheur avec ce pays, mon vélo me regarde et semble me remercier de penser cela.
Je regagne l’hôtel mais il n’y a toujours personne, je suis déçu ma petite fête n’aura pas lieu, du coup je me vautre dans le fauteuil, allume la téloche, c’est le bigdil ! cool, je zappe quand même, le loft ! Encore mieux… je file chercher une bière au frigo et un paquet de chips, je ne veux rien rater…qu’est ce que je me ferais chier sur cette planète s’il n’y avait pas la reine cathodique, les « binouse » fraîches et les chips à la moutarde ancienne.
Pas de bruits de moteur, de cris d’enfants, même les chiens n’aboient pas, mais où sont les mongols…étrange ???
Je finis par m’endormir. Vers deux heures du mat, du bruit sur le balcon, c’est un peu tard pour un goûter.
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